Le petit-déjeuner est souvent considéré comme le repas le plus important de la journée. Mais peut-on s’en passer ? Une nouvelle étude vient contredire les idées reçues…

Le petit-déjeuner : repas du roi ?

Le petit-déjeuner : repas du roi ?

Une croyance bien ancrée, soutenue par les industriels

Le petit-déjeuner est-il réellement le repas le plus important de la journée ? C’est en tout cas une croyance populaire que certains industriels aimeraient bien vous faire croire. Souvenez-vous, en 2003, le géant des céréales Kellogg’s finance une étude sur la question, dont la conclusion est étonnamment complaisante : sur la base d’une grande étude nationale sur la santé, les scientifiques concluent que sauter le petit-déjeuner n’est pas une bonne stratégie pour perdre du poids, et qu’au contraire, ce sont ceux qui mangent des céréales le matin (prêtes à manger ou à cuire) qui ont un indice de masse corporelle bien plus faible que ceux qui sautent ce repas ou ceux qui consomment des protéines au petit-déjeuner !

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en la matière, les études se suivent et ne se ressemblent pas, certaines affirmant des bénéfices supposés du petit-déjeuner sur la satiété ou le poids, d’autres infirmant ou ne réussissant pas à reproduire ces prétendus avantages.

Une nouvelle étude randomisée et contrôlée

Il aura fallu attendre des années avant que des scientifiques ne se penchent à nouveau sur le sujet. Dans cette récente étude randomisée et contrôlée, une population de 49 femmes pré-ménopausées a été divisée en deux : 26 d’entre elles (le groupe d’intervention) ont dû prendre un petit-déjeuner qui représentait au moins 15% de leur besoin calorique journalier avant 8h30, pendant que les 23 restantes (qui constituaient le groupe de contrôle) n’avaient pas le droit de manger avant 11h30. A noter que ces femmes ne prenaient pas de petit-déjeuner habituellement, et leur poids était stabilisé à minima pendant les 3 mois qui précédaient l’étude.
Plusieurs indicateurs dont le poids ou la masse grasse ont été calculés avant, pendant et après les quatre semaines d’intervention. Le calcul de la masse grasse s’est fait par ostéodensitométrie, une méthode très fiable qui permet de calculer à la fois la masse musculaire, la masse grasse, mais également le capital osseux des personnes (surtout utilisé à ces fins chez les femmes ménopausées). L’apport calorique total journalier a été calculé à 7 reprises, et l’activité physique a été mesurée à l’aide d’un accéléromètre.
L’alimentation était libre pour les deux groupes, la seule différence était l’heure du premier repas, mais toutes les femmes avaient obligation de se lever avant 8h du matin.

Les résultats

A l’issue de l’étude, le groupe qui avait pris un petit-déjeuner avait consommé plus de calories journalières (266 kcals) par rapport à leurs habitudes, alors que le groupe de contrôle a gardé un apport stable. Il n’y avait pas de différences notables entre les deux groupes au point de vue de la faim, de l’apport calorique des autres repas, ni de l’activité physique (alors qu’il existe une corrélation entre les personnes les plus actives physiquement et la prise du petit-déjeuner). La conséquence logique a donc été une prise de poids (essentiellement de la masse grasse) observée chez le groupe d’intervention (0.7 kg en moyenne), alors que le poids du groupe de contrôle est resté stable.

Au final, une étude robuste, mais limitée

Cette étude, même si elle est suffisamment robuste à divers égards, souffre d’une limite évidente : il n’y avait aucun contrôle sur le contenu du petit-déjeuner, qui s’est avéré être très majoritairement constitué de glucides (à l’instar du petit-déjeuner classique français). Cette limitation est volontaire selon les scientifiques, qui voulaient tester l’apport du petit-déjeuner en général, et non d’un petit-déjeuner en particulier.

Les résultats auraient-ils été les mêmes avec un petit-déjeuner plus dense nutritionnellement, plus riche en fibres, contenant des protéines ? Nos connaissances actuelles nous permettent en effet de le penser, mais cela ne reste qu’une hypothèse.
En conclusion...
Quoi qu’il en soit, cette étude nous permet de conclure, pour ceux qui ont l’habitude de sauter le petit-déjeuner (bien que cela puisse sans doute s’extrapoler à d’autres repas de la journée), que se forcer à prendre ce repas n’est généralement pas une bonne idée, puisqu’il mènera à une prise de poids certaine, et qu’il vaut mieux en rester à ces habitudes…
…À moins peut-être de choisir judicieusement le contenu de son assiette (avec des protéines, des fibres, des aliments nutritionnellement denses), mais il faudra attendre d’autres études pour en avoir le cœur net !

Références :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28063876

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